LES VILLAGES CHAM D'AN GIANG - OÙ DES MAINS EXPERTES MAINTIENNENT VIVE LA FLAMME DU TISSAGE DE BROCARS
À An Giang, là où les eaux fraîches du fleuve Hau rencontrent la rivière Chau Doc, des villages Cham existent discrètement depuis des générations. Modeste et sans ostentation, la vie y s'écoule lentement, à l'image du cours d'eau devant chaque maison. Au sein de ce rythme paisible, une tradition a été préservée avec constance au fil du temps : l'art du tissage du brocart, transmis par les mains des femmes Cham.
Le peuple Cham d'An Giang – Une communauté fluviale
Peu de gens remarquent qu'au-delà des monuments d'An Giang, la province abrite également plus de 17 000 personnes Chams. Ils vivent dans neuf villages le long du fleuve Hau et de ses embranchements. L'eau est à la fois une source de subsistance et un lien vital reliant la communauté.
Le peuple Cham d'An Giang tire ses origines de la côte sud-centrale du Vietnam, principalement de Ninh Thuan et Binh Thuan. Ils ont migré par vagues et se sont finalement installés dans le delta du Mékong. Au fil des générations, ils ont formé une communauté distincte et sont restés profondément intégrés à l'environnement fluvial.

Leurs moyens de subsistance sont étroitement liés aux voies navigables : la pêche, le petit commerce, les échanges avec les régions voisines et même le commerce transfrontalier avec le Cambodge.
La vie ici n'est pas opulente, mais elle est marquée par la diligence, la douceur et une résilience tranquille. Ces qualités reflètent un lien durable avec la terre, le fleuve et les valeurs transmises de génération en génération.
Les mosquées et la vie spirituelle de la communauté Cham
Dans chaque village Cham, la mosquée est la structure la plus reconnaissable. Plus qu'un lieu de culte, elle sert de cœur à la vie communautaire, où les générations se rassemblent pour les observances religieuses, les prières et les activités communes.

Le peuple Cham d'An Giang pratique l'Islam, et sa vie spirituelle est guidée par des principes religieux rigoureusement respectés. Malgré cela, l'atmosphère au sein de ces mosquées n'est ni distante ni austère. La vie religieuse se déroule simplement et sereinement, tissée sans heurt dans le rythme quotidien du village.


Ce socle spirituel stable nourrit les valeurs culturelles traditionnelles. Le tissage du brocart, par exemple, est toujours transmis de génération en génération.
Aux métiers à tisser des femmes Chams
Si la mosquée ancre la vie spirituelle, le métier à tisser au sein de chaque foyer Cham préserve le rythme quotidien. On voit fréquemment des femmes assises devant des métiers à tisser en bois, leurs mains s'activant avec rapidité et régularité tandis que les fils s'entrelacent, rang après rang.


Pour les femmes Chams, le tissage du brocart est plus qu'un moyen de gagner sa vie. Il est lié aux souvenirs d'enfance, aux liens familiaux et à l'épanouissement personnel. Beaucoup apprennent l'artisanat dès leur plus jeune âge, assises aux côtés de leurs mères et grands-mères, observant les mouvements répétitifs jusqu'à pouvoir réaliser une pièce seules.

Les espaces de tissage sont modestes : juste un coin de la maison avec une lumière naturelle et le cliquetis doux de la navette. Dans ces cadres humbles, les motifs traditionnels sont préservés par la mémoire et la transmission orale, et non par des livres ou des croquis.
Le tissage du brocart Cham – Un patrimoine préservé à la main
L'art du tissage du brocart du peuple Cham à An Giang a été reconnu comme Patrimoine Culturel Immatériel National. Pour les villageois eux-mêmes, cependant, sa véritable valeur ne réside pas dans les titres officiels, mais dans sa présence continue dans la vie quotidienne.

Chaque textile en brocart est le résultat d'étapes méticuleuses : la sélection des fils, la teinture des fibres, l'installation du métier et le tissage de motifs complexes. Les motifs Chams reflètent souvent la nature, les croyances religieuses et la vie communautaire, répétés à travers les générations comme une « mémoire tissée de fil ».

Face à une modernisation rapide, le tissage ne procure plus de revenus substantiels. Pourtant, nombre de femmes Chams s'obstinent à maintenir cet artisanat, convaincues que tisser le brocart ne consiste pas seulement à produire du tissu, mais à préserver un élément vital de l'identité de leur communauté.
Maintenir la flamme dans un monde qui change
Aujourd'hui, beaucoup de jeunes quittent leurs villages pour chercher des moyens de subsistance plus stables ailleurs, mettant en péril la tradition du tissage. Pourtant, dans de nombreux villages Chams d'An Giang, les femmes continuent discrètement l'artisanat, le transmettant à leurs enfants avec patience et pratique quotidienne.

« Maintenir la flamme » n'est pas ici un grand slogan. C'est l'acte simple de s'asseoir au métier à tisser chaque jour, d'enseigner chaque brin et chaque motif, et de croire que les valeurs traditionnelles ont encore leur place dans la vie contemporaine.

Au fil du temps, ces mains expertes veillent à ce que le brocart Cham n'existe pas seulement comme un artefact exposé, mais demeure une partie vivante de la réalité quotidienne de la communauté.
Conclusion
Les villages Chams d'An Giang ne captivent pas par l'effervescence ou le spectacle. Leur attrait réside dans la manière dont cette communauté maintient son mode de vie, sa foi et ses pratiques quotidiennes naturellement et avec résilience le long des berges du fleuve. Une seule visite suffit pour comprendre comment une identité aussi distinctive continue de perdurer malgré les changements constants.
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CRÉDITS :
- Photographies : Luan Nguyen
- Contenu : Hoài Hà
- Design : Phuong Nguyen